Réconciliation
 

Le sacrement de pénitence et de réconciliation

Éclairage donné par le diacre Serge Kerrien, responsable de pastorale liturgique et sacramentelle pour le diocèse de Saint Brieuc et Tréguier, directeur adjoint du service national de pastorale liturgique et sacramentelle, à l’occasion d’un colloque sur le sacrement de pénitence et de réconciliation, à Lourdes (novembre 2006).

Pour mieux exercer la pastorale du sacrement de pénitence et de réconciliation, il convient pour les catholiques d’en revenir aux origines, d’en comprendre le sens. Quelle est l’intention de l’Eglise ? Où plus exactement, quel est l’esprit de ce sacrement ? Celui-ci contient ainsi en lui-même quatre « prismes » : il est « pour le monde », il est « constitutif de l’Eglise », il est « don de Dieu », il « invite à vivre une parole ».

Un sacrement « pour le monde » Face aux déchirures du monde, l’Eglise a reçu la miséricorde de Dieu. Mais pas pour elle-même : pour le monde, l’humanité. La célébration de pénitence et de réconciliation presse à appeler cette miséricorde, mais aussi à travailler à tout ce qui peut cicatriser les blessures.

Un sacrement « constitutif de l’Eglise » L’annonce du pardon est constitutive de l’Eglise. Sur la croix, le fils de Dieu, Jésus-Christ, l’implore déjà : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». A ce titre, l’Eglise ne peut prendre pour accessoire ce sacrement et, surtout, ne peut se résigner au sentiment de désaffection qui le gagne actuellement.

Dieu fait don de sa grâce, Dieu n’est pas un comptable vengeur mais un père aimant : si l’Eglise occulte ce message, elle trahit sa mission qui est de le propager. Elle se doit de crier qu’elle propose un Dieu libérateur des « fardeaux » humains.

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Les exigences pastorales, sur ce point, sont triples :

  1. Proposer régulièrement le sacrement de réconciliation. Et d’une façon autre que par un simple affichage des horaires d’ouverture du « guichet ». Car seule l’Eglise peut inviter au pardon et à la réconciliation.
  2. Travailler à la forme de la célébration. Et notamment, sortir du « ponctualisme sacramentel » et des pratiques traditionnelles, redécouvrir les rites permettant de se mettre en marche vers le sacrement (tels que le jeûne, l’œuvre de charité, l’aumône, etc) : que ceux qui ne se sentent pas prêts à recevoir le sacrement ne se sentent pas pour autant exclus de la démarche de pénitence et de réconciliation.
  3. S’en référer au rituel et à ses différentes propositions : la réconciliation individuelle, la réconciliation collective (avec absolution individuelle ou collective, ou sans sacrement). Ne pratiquer qu’une seule forme de la pastorale de la réconciliation risque de mener à son appauvrissement.

Un sacrement « don de Dieu » Dieu manifeste son pardon avant même qu’on lui demande : il est toujours premier. Le pardon est bien un don, pas un dû. Le croyant, s’il ne se sait pas sauvé d’avance, ne peut dire son péché. Le sacrement devient dans cette mesure le signe du don reçu. Le pardon n’est donc pas le fruit d’une « autosuggestion », ni d’un « autoexamen », mais d’abord et avant tout l’accueil d’un don qui conduit le croyant à une action de grâce. A la base de tout ceci, un postulat fondamental : le Christ ne vient pas juger, mais sauver. Le mal que tout homme commet ne dépassera jamais la grandeur de l’amour et de la miséricorde divine.

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Là aussi, il est nécessaire, du point de vue de la pastorale, de :

  1. Passer de la prescription à l’invitation. Autrement dit : faire comprendre que le croyant ne peut refuser un don, ce don que Dieu lui fait. Et, concrètement : miser sur une préparation dans la durée, et pour cela sur l’ensemble du dispositif rituel ; s’interroger sur les liens qu’entretiennent le baptême et la confirmation, ainsi que l’eucharistie, avec la réconciliation ; rappeler que le baptême se fonde notamment sur la croyance en la rémission des péchés et que l’eucharistie est célébrée en cette vue.
  2. Ne pas réduire la célébration de réconciliation à une célébration ponctuelle. Pourquoi ne pas l’adosser aux différents temps liturgiques ? Comme le Christ se fait compagnon de sa route, le croyant, s’il désire Dieu, doit se mettre en route également. Il s’agit alors de penser à des temps spirituels de ressourcement, à commencer par les pèlerinages (comme déplacement physique qui permet le déplacement spirituel). En somme, de proposer une entrée à portes multiples.
  3. Développer le « rendre grâce ». Si le croyant comprend qu’il rend ce qu’il a reçu, il est obligé de comprendre ce qu’il reçoit et qu’il donne.
  4. Amener le croyant à s’interroger sur les suites à donner à ce don : qu’en faire ? Quelle vie spirituelle et quels engagements prendre ? Proposer pour cela des journées d’approfondissement du sacrement.
  5. Penser des lieux qui favorisent la démarche spirituelle. Le sacrement se vit dans des déplacements, des postures. Il faut songer à des lieux, non pas qui font peur, mais qui imposent.

Un sacrement qui « invite à vivre une parole » L’annonce de la miséricorde de Dieu est au commencement de tout, et cette annonce réside dans la Parole d’Evangile. La conversion est un retournement de l’esprit et du corps après l’écoute de la Parole, elle est l’agissement de cette parole de Dieu en la personne du croyant. La parole, au sens courant du terme, signifie la présence de quelqu’un. Du point de vue de la pastorale, il s’agit là également de suggérer l’écoute de la Parole. Car là réside la véritable pédagogie de la réconciliation, en tant qu’elle est préalablement celle de Dieu.

En conclusion, il s’agit de passer d’une « pastorale du guichet » à une « pastorale du chemin ». Sans pour autant supprimer ce « guichet », il serait opportun d’en faire un passage sur le chemin.
propos recueillis par Nelly Schumacher (sur Croire)






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