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La messe ailleurs !

A Bordeaux, « Une messe ailleurs » ouvre l’Église sur l’extérieur.
Depuis près de quatre ans, à Bordeaux, un prêtre célèbre six fois par an l’eucharistie dans différentes églises, afin d’élargir le public de catholiques pratiquants.


 

Il y a 50 ans, les catholiques commençaient à célébrer la messe en français
Ce mouvement, soutenu par le diocèse et qui s’inspire de la pastorale d’engendrement, fédère aujourd’hui 2 000 personnes.

« Après chaque “messe ailleurs”, je repars heureux, regonflé, sûr de ma foi », s’enthousiasme François, un négociant en vin, âgé de la quarantaine. Même sa fille, Alice, 13 ans, aime partager ce moment. « C’est plus gai, plus joyeux que les autres messes, et je comprends mieux les textes de l’Évangile avec ce prêtre », explique l’adolescente.

Le prêtre, c’est le P. Francis Ayliès, une « personnalité » du diocèse de Bordeaux, qui s’est d’abord fait remarquer par sa capacité à fédérer et à transmettre la parole de Dieu dans les quartiers populaires de cette ville. Il s’est appuyé pour cela sur la liturgie de Vatican II et est allé jusqu’à mimer ses sermons pour les rendre plus « attractifs ».

Fort de ce succès et avec l’aide d’une quarantaine de laïcs, il a décidé, depuis presque quatre ans, d’aller plus loin dans l’évangélisation et de créer « une messe ailleurs ». Le principe est simple : célébrer l’eucharistie six fois par an dans une église, à chaque fois différente, afin d’« ouvrir » et de redynamiser des paroisses, de plus en plus vieillissantes.

PLUS D’ÉCOUTE DE LA PAROLE DE DIEU
Pour séduire ceux qui sont « en dehors de l’Église », le prêtre mise sur les réseaux sociaux et le site Internet : unemesseailleurs.com. Le mouvement promet de « sortir de la routine », « plus de fraternité », plus d’écoute de la parole de Dieu et d’offrir davantage de place aux laïcs dans la cérémonie. Le site invite d’ailleurs à déposer des propositions, qui pourront être reprises dans la « collecte », c’est-à-dire la première des oraisons de la messe, qui réunit les diverses demandes des fidèles dans une prière.

Dimanche 22 novembre, à l’église Saint-Martial à Bordeaux, c’est l’une des « plumes » du journal Sud Ouest, Dominique de Laage, qui a lu cette « collecte » dans laquelle les catholiques s’interrogeaient sur la réponse à formuler pour éviter de nouveaux attentats terroristes.

Une image forte. Il y a encore deux ans, cet homme était très loin de l’Église. Mais, à la suite d’événements familiaux et d’un cancer, il s’en est rapproché, progressivement, séduit par le projet du P. Ayliès. Revigoré par la dynamique de ce mouvement, la foi est désormais un élément essentiel de sa vie et il se déplace du sud de la Charente, où il réside, pour partager ce moment. « Je suis aussi prêt à m’investir pour dynamiser ma paroisse dans ma campagne », confie-t-il.

PASTORALE D’ENGENDREMENT
Ce dimanche encore, plus de 300 personnes ont chanté leur foi à l’église Saint-Martial, où la « messe ailleurs » a décidé de poser ses valises depuis le 18 octobre, après presque quatre ans de « nomadisme ». Une église du centre-ville, jusque-là inoccupée. À tel point que certains ont dû rester debout ou s’asseoir sur les marches de l’autel. Pour attirer les familles, une garderie a été mise en place.

À l’image de Bernard, un entrepreneur, nombre de fidèles viennent ici pour « être plus acteurs de leur foi, dépasser les limites d’une paroisse pour une rencontre plus diverse et s’appuyant sur du fond ». « Je n’ai pas envie que mes enfants trouvent dans l’Église quelque chose d’aussi ennuyeux que ce que j’ai connu à leur âge », lance Eymeric, 43 ans, un agriculteur qui est venu ici pour la première fois avec son fils de 9 ans.

Pour créer plus de fraternité, à l’issue de la quête, les gens sont invités à se présenter à leurs voisins. Quelques mètres plus loin, un verre de vin les incite à échanger plus longuement.

Cette initiative, nourrie par la pastorale d’engendrement – qui « part de la conviction que Dieu est à l’œuvre en chaque être » –, est soutenue par le diocèse. « Pour la première fois, notre archevêque, le cardinal Jean-Pierre Ricard, en a parlé au conseil presbytéral en disant que c’était un beau lieu de proposition nouvelle sur Bordeaux », se réjouit le P. Ayliès. Symboliquement, l’archevêque participera à une « messe ailleurs », le 20 janvier prochain.


Nicolas César, à Bordeaux. La Croix du 24/11/2015
Le père des messes nomades. P. Francis Ayliès Curé de Bègle (agglomération bordelaise)





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